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Poète, qui es-tu ?
Déposition du prévenu Vincent Marie,
suspecté d’incitation au rêve

Nom ? MARIE

Prénom ? Vincent

Date de naissance ? Euh... Perdue quelque part au siècle dernier.

Dernier domicile connu ? La 3e planète en partant du Soleil, celle qui est toute bleue.

Profession supposée ?
Bricoleur de rêves. Auteur, compositeur et photographe en fonction de mes humeurs.

Opinions poétiques ?
Je suis persuadé que les mots sont émotions, images et musiques, et que la poésie est partout où l’on ne l’attend pas... Depuis le fond des usines jusque sur le toit du monde, elle se trouve dans chaque geste, chaque regard, chaque souffle et chaque son. J’ai donc envie de ne jamais couper le Pont des Arts entre les disciplines indisciplinées de nos rêves.

Vos instruments de musique ?
Le stylo-bille, les feuilles à petits carreaux, mon appareil photo et [accessoirement] mes claviers et mon harmonica, ainsi que le talent de mes amis.

Influences ?
Je pourrais citer Baudelaire, Brassens, Brel, et bien d’autres artistes et poètes qui ont marqué ma vie, mais je tiens particulièrement à mentionner ma passion pour mon ami Christian Décamps, auteur-compositeur, chanteur et leader du groupe ANGE, que j’affectionne particulièrement pour la richesse de ses images tant verbales que musicales.

Escapades poétiques et musicales récentes ?
• Les "Larmes du crime", maquette musicale, 10 titres distillés en 1998 ;
• Show-case de lancement musical "Tous les Marins", le 6 janvier 2013, 10 autres titres et 3 poèmes ;
• Printemps des Poètes rue Visconti, avec le groupe "Peter’s Plans", 29 mars 2014 ;
• La Cave à Poèmes, « Un soir, un poète », le 13 octobre 2014. Ah ! Quelle belle soirée !

Des audios écoutables ?
Oui, sur Soundcloud (lien externe), où les morceaux s'enchaînent :
- Au magasin des Âmes, poème
- Toits émois, poème
- Gueules cassées, poème
- 14 avril 1912, chanson
- Indifférence, chanson
- Anne et Stacy, chanson

Êtes-vous facile à retrouver sur la Toile ?

Oui, via un site réalisé par ma petite luciole dont voici le lien :

Vincent Marie, "bricoleur de rêves"

...et aussi sur Facebook : 

Mots dits blues (poésie), 

Peter's Plans (musique), et enfin 

Instantanés d'un bricoleur de rêves (photographie).

Enfin, quelles étaient vos motivations lorsque vous avez « distillé », comme vous dites, vos premières « Larmes du crime » ?
À la différence de Paul Mc Cartney lorsqu’il a composé "Live and let die", j’ai décidé de vivre mais de ne plus laisser mourir mes rêves.

 *  *  *

Le petit garçon qui ne sortait que lorsqu’il pleuvait
(Conte contemporain)

À Lucie.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne sortait de chez lui que lorsqu’il pleuvait.

Il ne supportait pas le soleil ; tout du moins il ne savait pas s’il pouvait le supporter. On lui avait dit que ce n’était pas bon pour lui, qu’il risquait de s’y brûler, que ses yeux en souffriraient, et qu’il devait se contenter de couleurs tristes et ternes sans brillance. Tout le reste lui était interdit.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne sortait de chez lui que les jours où il n’y avait pas d’animation dans les rues. On lui avait toujours dit que les bruits étaient néfastes, et que dans la foule il risquait d’attraper des microbes, des maladies, des choses comme ça.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne pouvait parler à personne, justement parce que la foule était dangereuse.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui n’avait jamais entendu rire, car comme le rire était contagieux, ses grands parents qui l’élevaient alors l’en avaient préservé.

C’est l’histoire d’un petit garçon que l’on n’envoyait à l’école et au catéchisme que pour qu’il n’apprenne rien des vérités qui font peur à la bonne morale.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui n’avait pas d’ami, puisque pour cause, on l’en avait préservé. L’amitié, c’est une chose sérieuse ; il faut donc être plus grand pour l’envisager.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne parlait jamais puisqu’on ne lui parlait pas.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne sortait que les jours de pluie, pour ne pas dépasser les limites du jardin de la maison, quand on était sûr qu’aucun voisin ni passant ne pourrait s’apercevoir de sa présence.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui avait peur de tout, du bruit des voitures dans la rue, des cris des voisins, de la lumière à travers les volets, des voix qui montaient depuis la cuisine du rez-de-chaussée de la maison. C’est l’histoire d’un petit garçon qui ne supportait plus que le silence.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui croyait que dehors il y avait la guerre en permanence, ainsi que les mauvaises fréquentations, dont il ne pourrait survivre qu’en restant sagement dans l’univers où il se trouvait, les quatre murs de sa chambre, et qui petit à petit le renfermaient sur lui-même.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui avait même peur de ses rêves.

Mais par un beau matin de septembre, cet univers s’est écroulé. On l’a changé de maison, de foyer familial. Brusquement les volets protecteurs de sa chambre avaient disparu, ainsi que le rassurant jardin. Il devrait dorénavant affronter la ville, cette chose totalement nouvelle et terrifiante, mais fascinante à la fois. L’imprévisible aléa de l’inconnu frappait à la porte de son quotidien.

Très vite, il dut apprendre à parler aux autres. Et tout d’abord comprendre tous ces milliers de mots qui comme une nuée de criquets assourdissants virevoltaient autour de lui. Brusquement, le monde avait une âme, ou plutôt deux. Celle qui vous attire, comme un insecte est attiré par la lumière des réverbères, et celle qui vous effraie, comme peut vous effrayer la vue plongeante d’une fenêtre dans le vide.

Que fallait-il faire alors ? Plus d’endroit où se recroqueviller. Terminée la bienfaitrice solitude qui jadis lui apportait le confort de la non confrontation. Il fallait soudain vivre au milieu des autres, et tenter de se faire accepter.

Tout le reste de l’humanité autour de lui semblait avoir pris des siècles d’avance dans la compréhension du monde. Il se sentait si petit, si ignorant et si vulnérable, et pourtant il n’existerait dorénavant plus de place pour la naïveté et la simplicité.

Que fallait-il faire ? Renoncer, ou se battre pour apprendre à vivre ?

La réponse lui parvint lorsqu’il fut prit à partie dans une rixe au lycée où ses parents l’avaient envoyé. Refusant de rester le souffre-douleur éternel des autres et d’être à nouveau humilié, puis mis à l’écart, voulant montrer qu’il comptait pour quelque chose, il riposta du haut de ses 12 ans à un caïd colosse, de quatre ans son aîné. Malgré une défaite logique, il lui résista si bien qu’au lieu de passer pour une victime, nombre de ses camarades de classe le prirent pour un héros. L’éternel dilemme avait enfin trouvé sa solution, exister pour ce qu’on est, même tout petit, et ne plus s’en laisser conter.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aujourd’hui adore le soleil et la musique, aime à marcher dans les rues avec son appareil photo, aime à parler aux gens pour chercher des sourires ou comprendre leurs larmes.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui accepte depuis de gagner ou de perdre les combats de la vie qu’il avait jusque-là esquivé.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui, malgré tout, refuse encore et toujours de grandir, de peur que le culte de l’âge adulte ne lui fasse perdre son innocence et ne lui vole son âme.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui vient de tomber amoureux d’une merveilleuse petite luciole qui lui réchauffe l’âme et lui apporte la lumière.

C’est l’histoire d’un petit garçon qui vient de se réconcilier avec ses rêves.

C’est enfin l’histoire d’un petit garçon de 53 ans qui, s’il n’a pas encore tout compris de la vie, a au moins fait le choix de la vivre sans complexe et sans crainte du regard des autres, surtout depuis qu’il a appris qu’il existait un remède jusqu’alors inconnu pour les petits et grands bobos de son cœur d’enfant...

L’AMOUR !

Vincent MARIE
25 décembre 2013

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